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Une artiste une anecdote sur Eva Jospin, l’artiste qui sculpte le carton à la recherche de l’âme des forêts et de l’architecture.
Eva Jospin naît à Paris en 1975. Elle grandit dans un univers où la pensée, la lecture et l’imaginaire occupent une place essentielle. Fille de l’économiste Lionel Jospin, elle évolue dans un environnement intellectuel stimulant. Toutefois c’est vers la création plastique qu’elle se tourne très tôt. Après un passage par des études d’architecture, elle entre à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, où elle obtient son diplôme en 2002. Elle y apprend la rigueur du dessin, la subtilité de la peinture et la liberté de l’expérimentation.
D’abord attirée par le dessin et la sculpture classique, elle se détourne rapidement des matériaux nobles pour s’intéresser au carton. Ce matériau pauvre, fragile, souvent délaissé deviendra son territoire d’expression. Ce choix, à la fois audacieux et poétique, va marquer toute son œuvre. À force de patience, de découpes minutieuses et d’assemblages, Eva Jospin transforme ce matériau banal en paysages fascinants. Le carton, sous ses doigts, devient vivant. Il se plisse, se creuse, se dresse, se peuple d’ombres et de lumière. Forêts denses, grottes mystérieuses, architectures baroques et jardins suspendus naissent.
Ses œuvres imposantes naissent de gestes lents et précis : la scie sauteuse pour tailler, la pince à épiler pour ajuster, la colle et la superposition pour donner de la profondeur. Ce travail artisanal, presque méditatif, lui permet ainsi de construire des mondes entiers faits de pleins et de vides, de passages et de perspectives.
Les forêts qu’elle crée ne sont pas habitées, et pourtant, elles semblent respirer. Le spectateur, face à ces paysages de carton, se sent à la fois géant et minuscule, invité à se perdre dans un univers où la nature et le théâtre se confondent.
La carrière de l’artiste s’affirme très vite : ses expositions rencontrent un grand succès en France comme à l’international. Sa résidence à la Villa Médicis en 2016-2017 marque une étape décisive. Là, elle approfondit sa réflexion sur le lien entre nature et architecture, entre réel et artifice. Les grottes de la Renaissance italienne ainsi que les jardins mythologiques sont en filigrane de ses créations.
L’univers artistique de Eva Jospin s’enrichit sans cesse. Fidèle au carton, elle y associe désormais tissus, broderies, perles, fils et calques. L’installation monumentale « Chambre de soie » présentée à l’Orangerie du Château de Versailles en 2024 en est une démonstration spectaculaire. Cette œuvre immersive et panoramique se déploie sur plus de 350 m² de broderies et 400 nuances de fils.
En 2021 l’artiste répond à une commande du Musée des Impressionnismes de Giverny avec les œuvres en bronze et laiton « Edera » installée sur l’arche d’entrée, et « Bois des Nymphes » installée dans le jardin du musée. Entre 2021 et 2022, le Musée de la Chasse et de la Nature lui donne carte blanche pour une série d’installations immersives en carton taillé, offrant une plongée dans ses paysages architecturaux et forestiers.
En 2023 le Palais des Papes d’Avignon accueille l’exposition « Palazzo ». L’artiste imagine alors une déambulation immersive à travers des architectures en carton. Elle crée pour cet événement les œuvres « Petite Folie » ainsi que « Grotte ». Elle expose le « Cénotaphe », œuvre monumentale de 2020 trouvant sa place dans l’architecture du lieu. L’artiste expose également « Nymphées » œuvre monumentale réalisée en 2022. Ces œuvres, à la fois monumentales et fragiles, s’accordent aux vastes salles médiévales du lieu. Elles révèlent la profondeur poétique de la démarche de l’artiste.
En 2025, l’artiste installe « Grottesco » au Grand Palais à Paris. Une quinzaine d’œuvres, entre forêts, ruines et promontoires, sont présentées. Eva Jospin explore le motif de la caverne comme métaphore du vivant. Dans cette installation les matériaux dialoguent et le carton, à nouveau, devient le médium d’un monde en transformation.
À l’international, Eva Jospin expose à la Galerie Mariane Ibrahim de Chicago, où sa série « Vanishing Points » explore la profondeur et la perspective à travers le carton, la soie, le bois et le papier. Elle participe également en 2026 à l’exposition collective « Arduna. Our Land » dans le cadre de l’AlUla Arts Festival en Arabie Saoudite.
Le SCAD Museum of Art de Savannah aux États-Unis, accueille la première exposition de l’artiste Eva Jospin sur sol américain. « Into the Woods » présente entre autres « Forêt », une sculpture en carton et bois de 2024 provenant des collections du Centre Pompidou. L’artiste prolonge ainsi son exploration du motif forestier.
Les sources d’inspiration de l’artiste Eva Jospin sont multiples. Parmi elles, Jean Giono et son texte « L’Homme qui plantait des arbres », dont elle s’inspire pour interroger la relation entre l’homme et la nature. Elle s’intéresse aussi à Gustave Courbet, qu’elle considère comme un portraitiste du vivant, capable de saisir la force tellurique du monde.
Sous sa main une métaphore du temps : ce qui semble fragile peut durer, ce qui paraît vide peut contenir tout un monde.
En redonnant au carton la noblesse du marbre et en transformant l’illusion en poésie tangible, Eva Jospin réussit un tour de force. Elle fait de la matière la mémoire même du rêve. Ses œuvres ne se contentent pas d’être vues, elles se traversent. Elles rappellent que, parfois, c’est dans les fibres les plus modestes que se cachent les forêts les plus profondes.
Au revoir et à bientôt pour une nouvelle anecdote !
merci pour cette belle découverte, une artiste surprenante et ton texte me donne envie de la découvrir