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Magdalena Abakanowicz : l’artiste tisse le fil de l’humanité

Une artiste, une anecdote sur Magdalena Abakanowicz qui interroge l’humanité à travers la sculpture textile.

Magdalena Abakanowicz naît le 20 juin 1930 à Falenty près de Varsovie, dans une famille aristocrate russe d’origine tatare. Sa famille a fuit la Révolution de 1917 en Russie, et s’installe en Pologne à Gdansk. L’invasion nazie lors de la seconde guerre mondiale marque son enfance. Après la libération de la Pologne par les Soviétiques, elle subit aussi la pauvreté et la répression culturelle de l’occupation soviétique. Ces expériences transforment profondément Magdalena, laissant une empreinte durable sur son art. Elle exprime cette réalité complexe dans son œuvre artistique par un « langage sans mot ».

Magdalena poursuit des études à l’Académie des beaux-arts de Varsovie de 1950 à 1954. Pour cela elle doit cacher ses origines aristocratiques. Elle développe sa passion pour l’art visuel. Son diplôme en poche, elle travaille comme dessinatrice en décoration d’intérieur. Mais le tissage et son potentiel l’attire. En 1962 Magdalena expose « Composition de formes blanches » à la première biennale internationale de tapisserie de Lausanne. Son tissage improvisé, sans modèle, choque, rompant avec la tradition du « beau tissu ».

À partir de 1965, l’artiste produit ainsi ses « Abakans », des installations grandioses et tridimensionnelles. Le titre est un clin d’œil à son propre nom. Ces créations uniques lui valent la médaille d’or à la Biennale de São Paulo de 1965. Ornés de teintes de rouge, orange, jaune, brun et noir, ces structures sont fabriquées à partir de sisal, laine et corde. Intrigantes, semblables à des tipis ou des arbres tourmentés, elles invitent à une réflexion sur la nature et le silence d’une époque préécrite. Pionnière de la sculpture textile, elle commence à enseigner à l’École nationale supérieure des arts plastiques de Poznań. Elle élargit son influence artistique, et poursuit cet enseignement jusqu’en 1990.

À partir de 1975, Magdalena Abakanowicz produit ses « Altérations », une série de douze silhouettes humaines assises, creuses. Réalisées en toile de jute et résine synthétique, elle explore ainsi le vide et l’humanité. L’artiste crée ensuite une série de sculptures figuratives sans têtes intitulée « Figures de dos », constituées de moulages de corps humains en sisal, jute, et résine, symbolisant des enveloppes vides dépersonnalisées.

L’artiste crée la confusion avec « Embryologie » à la Biennale de Venise de 1980. Corps, pierre, tubercules, matière organique, difficile de définir ces 800 formes accumulées parmi lesquelles le public circule. La notion de cocon, d’œuf, de protection fragile est elle bien présente malgré la matière de toile de jute. En 1986, elle réalise « Catharsis », une œuvre comprenant trente-trois troncs humains en bronze pour la Fondation Guliano Gori à Florence. Cela illustre sa réflexion sur la nature comme un assemblage de prototypes. Pas de répétition dans le milieu naturel, de même la main humaine ne peut jamais répéter exactement un geste.

En 1989, Abakanowicz présente la série « War Games », utilisant des troncs d’arbres irréguliers collectés dans les forêts polonaises. Débarrassés de leur écorce et branches, ces troncs sont enveloppés de toile de jute et de fer. Dans ces sculptures puissantes un cylindre en fer soutient un tronc de bois, comme une prothèse. Une évocation des ravages de la guerre et la possibilité de guérison mais la blessure demeure.

L’artiste crée « Hurma » en 1994, un ensemble de 250 figurines enfants et adultes en taille réelle en toile de jute et résine. Ces silhouettes sont creuses, évoquant l’absence, la matière et ses replis rappelle la guerre, la condition humaine, l’anonymat et la réalité d’un régime politique oppressif.

Magdalena Abakanowicz bénéficie d’une reconnaissance internationale avec son élection à l’Académie des arts de Berlin. Elle devient ensuite membre étranger de l’Académie américaine des arts et des sciences en 1996. En 1998, elle devient Commandeur de l’Ordre de la Polonia Restituta en Pologne. Magdalena Abakanowicz est honorée en France en 1999 en étant nommée Officière de l’ordre des Arts et des Lettres. L’année suivante, l’Italie la distingue en la faisant Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République italienne.

Durant cette décennie, ses œuvres sont alors exposées dans des lieux prestigieux à travers l’Europe, tels que le musée Ludwig à Cologne, le Musée Reina Sofía à Madrid, et le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. On peut également les admirer aux États-Unis et en Corée. Elle a aussi fait don à l’État français de « Manus ultimus », une sculpture en bronze qui trône fièrement dans les jardins des Tuileries.

Un thème central de son travail reste la foule, qu’elle interroge en réponse à la cruauté engendrée par la pensée collective. Dans « Coexistence » en 2002, treize figurines en toile de jute, dotées de têtes d’oiseaux rappelant les divinités égyptiennes, se tiennent au garde-à-vous. Malgré leur apparente uniformité, chaque figure se distingue par une posture et un caractère unique, soulignant la diversité au sein d’un ensemble homogène.

En Allemagne, Magdalena reçoit la Croix de grand officier de l’ordre du Mérite de la République fédérale Allemande en 2010.

L’artiste Magdalena Abakanowicz décède le 20 avril 2017 à Varsovie, à l’âge de 86 ans. La Marlborough Gallery de New York présente en 2018 une exposition posthume intitulée « Formes incarnées ». Parmi les œuvres marquantes, l’exposition dévoile « Figure in Iron House » réalisée en 1989. Elle montre un dos sans tête placé dans un cube de fer, symbolisant à la fois vulnérabilité et protection.

« Je voulais vous dire que l’art est l’activité la plus inoffensive de l’humanité. Mais je me suis soudain rappelé que l’art était souvent utilisé à des fins de propagande par les systèmes totalitaires. Je voulais aussi vous parler de l’extraordinaire sensibilité d’un artiste, mais je me suis rappelé qu’Hitler était peintre et que Staline écrivait des sonnets. » Magdalena Abakanowicz

Au revoir et à bientôt pour une nouvelle anecdote !

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