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Un artiste, une anecdote sur Paul Gauguin, l’artiste en quête de son paradis sauvage.
Eugène Henri Paul Gauguin naît à Paris en 1848, rue Notre-Dame-de-Lorette. Son père Clovis Gauguin est journaliste, et sa mère Aline Chazal est la fille de Flora Tristan, influente figure du romantisme. Il passe une partie de son enfance à Lima au Pérou après la mort de son père en 1851. De retour en France à sept ans, il étudie à Orléans et au petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin. Après un échec à l’École navale, il s’engage dans la marine marchande en 1865 et devient lieutenant.
Gauguin quitte la marine en 1871 après avoir participé à la guerre de 1870. Il devient agent de change à la Bourse de Paris, grâce à la recommandation de son parrain Gustave Arosa. Il rencontre Mette-Sophie Gad, une danoise, à laquelle il se marie en 1873. Le couple aura 5 enfants. Gustave Arosa l’introduira auprès du cercle impressionniste en 1874. Il y rencontre ainsi Pissarro, Cézanne, et d’autres. Il commence à pratiquer la peinture à l’huile, encouragé par sa passion pour l’art. La famille s’installe dans le 15ème arrondissement de Paris en 1877. De 1879 à 1886, Gauguin participe alors aux expositions des impressionnistes et acquiert des œuvres de peintres tels que Cézanne et Manet.
En 1882, il quitte son emploi de courtier lors d’une crise économique pour se consacrer à la peinture. Installé brièvement à Rouen près de Pissarro, il peint une quarantaine de tableaux mais peine à subvenir aux besoins de sa famille.
Le foyer déménage à Copenhague en 1883 dans la famille de sa femme Mette, mais échoue dans les affaires. Gauguin retourne alors à Paris avec son fils Clovis pour se consacrer entièrement à sa vie d’artiste, laissant sa famille au Danemark. Dans la capitale, il connaît des difficultés financières et travaille brièvement comme colleur d’affiches en 1885. La même année, il débute dans la céramique avec Ernest Chaplet et fréquente le café Au Tambourin à Paris.
En 1886, sur les conseils d’un ami artiste, Paul Gauguin visite Pont-Aven et apprécie le charme du folklore breton. En avril 1887, il part avec Charles Laval pour le Panama, avec l’idée de travailler au percement du canal. Cependant, confrontés à des conditions difficiles, ils se dirigent vers la Martinique où Gauguin peint dix-sept toiles. L’artiste trouve une inspiration durable dans la lumière et les paysages de l’île. Il déclare ainsi à Charles Morice que son expérience martiniquaise est décisive. Pourtant Gauguin, malade et sans ressources, retourne en France en novembre 1887.
À Paris, il vit chez Émile Schuffenecker et espère une percée avec une exposition organisée par Théo Van Gogh, qui échoue. Il trouve un peu de réconfort dans l’étude des œuvres du Musée Guimet et à travers son travail en céramique.
Lassé de Paris, Paul Gauguin rejoint l’École de Pont-Aven en Bretagne en 1888, un groupe de jeunes peintres expérimentaux. Influencé par Émile Bernard et le cloisonnisme, il évolue vers un style plus synthétique, cherchant l’inspiration dans l’art exotique et les estampes japonaises. Il peint « La Vision après le sermon », influençant des artistes comme Matisse et Picasso. Son œuvre « Le Christ jaune » s’inspire de la chapelle de Trémalo. Gauguin admire Paul Cézanne, et son influence se voit dans sa recherche de la plasticité des formes. Malgré sa passion pour Cézanne, des contraintes financières le forcent à vendre certaines œuvres en 1898.
Ruiné, Paul Gauguin quitte Paris en 1891 pour la Polynésie, après l’échec de son projet d’installation à Tonkin, inspiré par Jacques-Antoine Moerenhout. À la recherche d’un « paradis » préservé de l’Occident, il s’installe à Mataiea, Tahiti. L’artiste se concentre alors sur la sculpture sur bois, influencée par les tiki marquisiens et inspirée des contes et traditions locales. Ses œuvres, incluant une mythologie réinventée, explorent profondément la culture tahitienne comme par exemple « Tii à la coquille et « L’après midi d’un faune » et bien sur « Tehura » en 1892. Il épouse Teha’amana, une Tahitienne de 13 ans. L’artiste Gauguin représente des scènes de la vie quotidienne, marquées par un nouvel intérêt pour les nus. Ses créations sont envoyées en Europe, où elles sont exposées et vendues par sa femme, Mette-Sophie Gad.
Poussé par la maladie et la misère, Paul Gauguin retourne en France en 1893 après ce premier séjour en Polynésie. Bien décidé à promouvoir son art tahitien, il organise donc une exposition chez Durand-Ruel, qui reçoit un accueil mitigé. Soutenu par quelques admirateurs, il documente son travail dans les manuscrits « Ancien culte mahorie » et « Noa Noa », avec des gravures sur bois. Un séjour à Pont-Aven ne lui apporte guère de répit.
En mai 1894, Paul Gauguin réalise « Oviri » (sauvage en tahitien), une sculpture en grès représentant une femme maori, un louveteau et un loup adulte. Peut être la vision que l’artiste à de lui même : un européen disparaissant au profit d’un « tahitien ». À Concarneau, une altercation le laisse avec un tibia brisé, aggravant ses difficultés physiques et financières. Malgré cela et bien que découragé par la réception de son œuvre, il continue à créer à Paris.
En 1895 Paul Gauguin repart seul pour Tahiti. Il se consacre alors à la sculpture, inspiré par l’art maori étudié lors d’une escale à Auckland. À Punaauia, il construit une maison et vit avec Pau’ura, tout en luttant contre la maladie et la solitude avec l’alcool et la morphine. En dépit de sa santé déclinante et de sa situation difficile, l’artiste continu de créer des œuvres imprégnées de l’influence polynésienne. Il réalise en 1896 cette « Jeune fille Tahitienne » tout en bois. En peinture il réalise « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? ».
L’artiste confiera ses « bibelots sauvages » à Daniel de Monfreid en 1900, refusant leur dispersion. En 1901, après un passage aux Marquises, il construit « Maison du Jouir », et s’oppose à l’administration coloniale.
Paul Gauguin meurt le 8 mai 1903 dans la misère, laissant derrière lui une réputation d’artiste controversée et des œuvres souvent mal comprises. Gauguin influence profondément des artistes comme Picasso et Matisse. Bien que ses sculptures aient eu un succès limité de son vivant, elles inspirent l’art moderne. Ses œuvres, comme « Jeune Tahitienne », ont ainsi atteint des prix records aux enchères.
Cependant si l’artiste est reconnu, sa vie, ses choix, ses idées sont passées aujourd’hui à la loupe post colonialisme et post-Metoo. Occidental privilégié ayant usé de son statut de colonisateur ou homme d’un temps que l’on souhaite révolu ? L’art reste un moyen d’explorer, les sentiments, mais également l’histoire humaine dans tous ses aspects.
Au revoir et à bientôt pour une nouvelle anecdote !