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Georgia O’Keeffe et la sculpture : une recherche constante

Une artiste, une anecdote sur Georgia O’Keeffe, une quête en peinture et sculpture restée constante toute sa vie.

Georgia O’Keeffe naît le 15 novembre 1887 dans une ferme du Wisconsin, d’un père aux origines irlandaises et d’une mère d’origine hongroise. Très tôt, l’art s’impose comme une évidence. Elle étudie de 1905 à 1906 à l’Art Institute of Chicago, puis rejoint en 1907 l’Art Students League de New York. William Merritt Chase, figure de l’impressionnisme américain, la formera.

Des difficultés familiales l’éloignent temporairement de la peinture en 1908. Elle travaille alors comme artiste commerciale à Chicago, puis enseigne l’art en Virginie. C’est en 1912, en suivant les cours d’été d’Alon Bement, qu’elle renoue véritablement avec sa vocation.

La rencontre qui change tout

En 1916, des dessins au fusain de Georgia sont transmis à la galerie 291 d’Alfred Stieglitz par son amie Anita Pollitzer. Stieglitz, marchand d’art et photographe influent, tombe littéralement sous le charme de son travail, et bientôt sous celui de l’artiste elle-même. Une exposition personnelle suit dès l’année suivante. Dès 1917, elle pose nue pour lui. Stieglitz réalisera plus de trois cents clichés de Georgia au fil des années. Le couple s’installe à New York en 1918 et se marie en 1924. Stieglitz devient à la fois son photographe et son plus grand promoteur, la propulsant parmi les artistes les plus en vue des États-Unis de l’entre-deux-guerres.

C’est entre 1919 et 1920 qu’elle commence sa célèbre série de fleurs en très gros plan, comme « White and Blue Flower Shapes ». Ces toiles, souvent lues comme des évocations de l’anatomie féminine, suscitent des interprétations qu’elle n’a jamais totalement validées. L’artiste revendiquait la sensualité de son travail, mais refusait qu’on le réduise à une seule lecture sexuelle.

Le désert comme atelier à ciel ouvert

En 1929, Georgia O’Keeffe devient la première femme artiste exposée au MoMA. Cette même année elle découvre le Nouveau-Mexique et la région de Ghost Ranch. Issue d’un milieu urbain, elle se laisse happer par l’immensité des paysages ouverts. Elle finit par acquérir, à Abiquiú, les ruines d’une maison en pisé du 18ème siècle, dotée d’un patio et d’un puits, de quoi cultiver son propre jardin potager en plein désert. Le choc esthétique qu’elle ressent est tel qu’il va irriguer toute la suite de son œuvre.

C’est dans cet environnement qu’elle développe son goût pour les ossements de bovins, les pierres et les formes minérales, qu’elle ramasse et rapporte chez elle comme on collectionnerait des sculptures naturelles. Elle expliquait avoir trouvé dans ces ossements blancs du désert un moyen d’exprimer l’immensité et le caractère merveilleux du monde qui l’entourait. Ce geste dépasse la simple collecte : ramasser un os ou une pierre pour l’installer chez soi, c’est déjà choisir un volume, une masse, une ligne, autrement dit statuer sur une forme avant même de la peindre. S’y ajoute le contact direct avec la matière : la main soupèse, tourne l’objet, en éprouve le grain et la texture, une expérience que la peinture, elle, tient à distance. L’objet trouvé fonctionne comme un readymade, qu’elle intègre à son univers domestique autant qu’à sa toile. Georgia O’Keeffe est déjà dans la sculpture.

Abstraction : la sculpture spirale, fil conducteur de l’œuvre

On en connaît en réalité deux versions de cette sculpture. La première, dont la maquette date de 1916 (année de la mort de sa mère), évoque une figure en deuil. Elle ne sera coulée en bronze qu’en 1979, soixante-trois ans plus tard.

La seconde « Abstraction », la spirale, est modelée en 1946. Elle n’a été coulée en bronze qu’en 1979-1980, en plusieurs matériaux (bronze, aluminium coulé) et plusieurs tailles, de 25 centimètres à trois mètres. Cette forme circulait pourtant bien avant cette date tardive : on la retrouve dès 1916 dans son aquarelle Blue I, puis elle traverse toute son œuvre, tantôt réaliste, tantôt abstraite, reliant les tourbillons de ses débuts aux formes évidées de ses tableaux tardifs sur le bassin. On peut tout aussi bien y lire un os, une vrille de plante ou un coquillage, soit exactement les objets qu’elle ramassait dans le désert. La sculpture de Georgia O’Keeffe n’attendait donc pas la céramique pour exister chez elle. Elle circulait depuis le début entre le dessin, la peinture et le volume, avant de trouver le temps d’être coulée.

Cette fascination pour le volume s’exprime aussi dans une série moins connue consacrée aux coquillages et aux ossements d’animaux. Certains critiques en ont proposé des lectures liées à la maternité et à la ménopause, interprétations qu’elle n’a, là encore, jamais pleinement confirmées.

Juan Hamilton et l’entrée dans la céramique

À partir de 1973, Georgia O’Keeffe engage comme assistant un jeune potier, Juan Hamilton. Il restera à ses côtés jusqu’à la fin de sa vie. C’est avec lui qu’elle commence, dès 1974, à créer ses propres céramiques. Le basculement est tardif mais assumé vers le travail du volume et de la terre, à un âge où beaucoup auraient renoncé à explorer de nouveaux médiums. En 1976, alors que sa vue commence à décliner sérieusement, elle continue de créer et publie même un livre autobiographique à succès, preuve d’une énergie créative intacte.

Ce goût pour la matière ne date pourtant pas de cette période. En effet dès le début de sa carrière, elle confectionnait elle-même ses robes, révélant un rapport très concret, presque sculptural, au tissu et à la forme du corps. Son style vestimentaire, sobre et masculin dans sa jeunesse new-yorkaise, évoluera lui aussi vers les codes du désert (chapeau gaucho, bandana, jean alors réservé aux travailleurs) jusqu’à devenir une véritable signature visuelle qui fascinera les photographes venus dans son ranch, d’Andy Warhol à Todd Webb.

Une maison-musée pensée comme une installation

Georgia O’Keeffe s’installe à Santa Fe en 1984 et y vit jusqu’à sa mort en 1986, à 98 ans. Sa maison d’Abiquiú, laissée intacte, devient aujourd’hui un musée. On y retrouve ses collections d’os, de pierres et de sculptures, ainsi que les céramiques réalisées avec Juan Hamilton. La décoration porte aussi la trace de l’esthétique japonaise qui l’a profondément marquée en fin de vie. Un dépouillement des formes qui rejoint, finalement, toute sa démarche : aller à l’essentiel du volume et de la ligne.

La sculpture de Georgia O’Keeffe, une recherche constante

On retient souvent d’elle la peintre des fleurs et des gratte-ciel. Son rapport à l’os, à la pierre et à la céramique dessine pourtant une autre pratique, moins visible mais continue : trente ans avant d’apprendre le tour avec Juan Hamilton, elle sculptait déjà par le choix des objets qu’elle ramassait et installait dans son atelier. La céramique est l’aboutissement d’un rapport au volume resté constant, de la spirale d’Abstraction aux ossements du désert.

Au revoir et à bientôt pour une nouvelle anecdote !

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