Podcast: Download (Duration: 5:41 — 6.0MB)
S'inscrire au podcast via une plateforme Apple Podcasts | Spotify | Android | Deezer | RSS
Un artiste,une anecdote sur Gonçalo Mabunda, un artiste qui s’assoit sur la guerre.
L’enfance d’un gamin de Maputo
Gonçalo Mabunda naît en 1975 à Maputo, capitale du Mozambique, dans un pays qui vient tout juste d’accéder à l’indépendance. Mais la liberté est de courte durée. Dès 1977, une guerre civile brutale éclate et ne s’arrêtera qu’en 1992. Quinze ans de violence et d’absurdité vont rythmer toute son enfance.
Mabunda grandit donc dans un Maputo marqué par les armes, la peur, et l’omniprésence du conflit. Pas de formation artistique classique, pas d’école des beaux-arts, pas de parcours tout tracé. Juste un gamin de la ville qui observe, qui absorbe, et qui cherche sa voie.
Le coup de chance qui change tout
À 17 ans, n’étant pas réinscrit au lycée, il trouve un travail de coursier au Núcleo de Arte, une coopérative d’artistes. Aujourd’hui encore elle reste le véritable poumon artistique de Maputo.
Son rôle ? Livrer des messages, faire des courses. Attiré par l’effervescence de l’atelier, il y passait son temps libre. On finissait par lui prêter quelques pinceaux et des cadres. Il regarde, il touche, il essaie. La sculpture l’attire sans qu’il sache encore vraiment pourquoi.
Puis un jour, tout bascule. Le sculpteur sud-africain Andries Botha intervient à l’occasion d’un workshop organisé sur place. L’artiste a besoin d’un assistant et prend Gonçalo sous son aile. À Durban, il passe trois mois à se former au métal et au bronze avec Botha. Mabunda perfectionne alors sa technique de soudure. Ce sont ces trois mois à Durban qui font de lui un sculpteur.
Le retour au pays et la rencontre avec les armes
De retour à Maputo, en 1998, Mabunda rejoint le projet « Transformation des armes en objets d’art », porté par le Conseil chrétien du Mozambique. Ce projet, lancé dès 1995, parcourt le pays pour collecter les armes auprès des individus et des communautés après la guerre civile. Tandis qu’une partie de l’arsenal est détruite, d’autres armes sont neutralisées puis remises à des artistes comme Mabunda pour être métamorphosées en œuvres d’art.
C’est le véritable point de départ de l’œuvre d’un artiste comme Mabunda. AK-47, lance-roquettes, pistolets et autres objets de destruction deviennent anthropomorphiques : masques, totems, et surtout des trônes. Des trônes entièrement fabriqués d’armes assemblées, soudées, transformées.
S’asseoir sur l’absurdité de la guerre
Pourquoi des trônes ? La réponse de Mabunda est d’une ironie redoutable.
Selon l’artiste, les trônes fonctionnent comme des attributs du pouvoir, des symboles tribaux et des pièces traditionnelles de l’art africain. Ils sont, sans aucun doute, une façon ironique de commenter son expérience d’enfance face à la violence et à l’absurdité de la guerre civile au Mozambique, qui a isolé son pays pendant une longue période.
En clair : Mabunda prend le symbole du pouvoir par excellence « le trône royal » et le construit avec les armes qui ont exercé ce pouvoir de la pire des façons. Il s’assoit littéralement sur la guerre. Il la tourne en dérision tout en lui rendant une forme de solennité.
Face à sa série « Trônes », il dira avec sobriété :
« Ces armes ont tué des gens dans mon pays. Maintenant, elles ne peuvent plus faire de mal. Je trouve ça juste. »
Une phrase simple. Qui dit tout.
Une reconnaissance mondiale méritée
Mabunda est un artiste et militant anti-guerre. Ses œuvres ont été exposées dans des institutions majeures : le Centre Pompidou à Paris, la Biennale de Venise, le Museum of Art and Design de New York, le Museum Kunst Palast de Düsseldorf, la Hayward Gallery de Londres, le Mori Art Museum de Tokyo.
Ses sculptures ont également été acquises par d’importantes collections, dont le Brooklyn Museum et le Minneapolis Institute of Art.
Un ancien coursier, formé en trois mois à Durban devenu artiste autodidacte, aujourd’hui au Pompidou et à Venise. Voilà ce que peut faire la sculpture quand elle a quelque chose d’urgent à dire.
Et vous pensez-vous que l’art peut vraiment changer notre regard sur la violence ? Partagez votre ressenti en commentaire.
Au revoir et à bientôt pour une nouvelle anecdote.