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La sculpture du dragon de bois renait de ses cendres

Au cœur des Dolomites, sur l’Alpe Cimbra (Trentin, Italie), une histoire presque trop belle pour être vraie s’est écrite entre les sommets et les forêts. L’artiste italien Marco Martalar a créé une immense sculpture de dragon en bois « Drago Vaia », faite d’arbres brisés par la tempête Vaia de 2018. Cet emblème de résilience incarnait, dans chaque branche et racine, un lien entre l’homme, la nature et l’épreuve.

Du bois brûlé au souffle d’un dragon : une fable vraie des Dolomites

Mais l’histoire n’est pas un conte immobile. En été 2023, quelqu’un choisi de brûler cette œuvre, réduisant ce symbole de renaissance en cendres. Un acte criminel qui a heurté la communauté et blessé l’esprit même de cette sculpture.

Plutôt que de laisser le dragon disparaître, Martalar le reconstruit en 2024. Cette fois l’artiste donna forme à un dragon encore plus grand et puissant, façonné dans le bois carbonisé. C’est devenu « Drago Vaia Regeneration », la plus grande sculpture de dragon en bois au monde.

Une œuvre qui respire

Ce dragon impressionne par sa taille, il mesure 16 mètres de long, 7 mètres de haut, 6 tonnes de bois. Il impressionne également par ce qu’il raconte : la destruction n’est jamais la fin.

Même après un incendie, qu’il soit naturel ou humain, quelque chose peut renaître. La beauté peut naître de la douleur. Le dragon reconstruit porte les marques de ce qui a été traversé. Il n’est pas une copie, mais une métamorphose.

L’art est mémoire, il ne cache pas les blessures. Il les garde pour qu’on ne les oublie pas.

L’éphémère comme acte de foi

Ce qui rend le dragon des Dolomites encore plus bouleversant, c’est que sa disparition faisait partie de l’œuvre. Dès le début, Marco Martalar savait que le bois exposé au vent, à la neige et au soleil, finirait par s’abîmer. Il l’a voulu ainsi. Le dragon n’était pas un monument, mais une offrande à la nature.

« Je n’utilise pas le bois pour qu’il dure, mais pour qu’il retourne à la terre »

« Tout ce qui vit finit par se transformer. » Marco Martalar

Dans cette vision, la sculpture brûlée n’a pas été détruite. Elle a simplement accompli plus tôt son cycle. Et le fait qu’elle renaisse, plus puissante, différente, montre que nous pouvons faire du passage du temps une matière de création.

L’art qui accepte la fin

Beaucoup d’œuvres cherchent à défier le temps. Ici, au contraire, le temps fait partie de l’œuvre. Chaque hiver, la neige le ronge un peu. Chaque été, le soleil en change la teinte. C’est un art qui ne s’accroche pas, qui accepte de disparaître pour rester vrai.

Ce type de sculpture rappelle les mandalas tibétains, faits de sable et détruits après leur création. Ces œuvres sont en droite ligne du Land Art : un art qui vit dehors, qui se décompose, qui ne promet rien d’autre que d’avoir été là.

D’ailleurs sur le blog, vous pouvez consulter cet article sur l’art éphémère : L’instant de vie de l’œuvre dans l’art éphémère

Une leçon pour nous, humains pressés

Le dragon de Martalar nous souffle peut-être la plus simple des sagesses. En effet, rien n’est fait pour durer, mais tout peut laisser une trace. Nos projets, nos amours, nos efforts, tout passe, mais ce qu’on y met d’âme reste quelque part. Et si une tempête ou un incendie vient tout brûler, alors, comme Martalar, il est possible de reconstruire avec ce qui reste, sans nier la perte.

Après le dragon : la forêt peuplée d’animaux de bois

L’histoire du dragon n’est pas seule. Dans les Dolomites, le sculpteur Marco Martalar a donné vie à tout un bestiaire de bois, né du même souffle que la forêt abattue par la tempête Vaia. Là où la nature avait été brisée, il a choisi de recréer la vie, autrement.

Sur les sentiers de l’Alpe Cimbra, on croise aujourd’hui des loups, ours, cerfs, chouettes, aigle et cheval, tous taillés dans le bois des arbres tombés. Chacun raconte une part du lien entre l’humain et la montagne.

  • « Lupa del Lagorai », cette louve dressée sur un promontoire à 1600 mètres d’altitude à Vetriolo Terme Pian della Casara, évoque la vigilance et la solitude.
  • « Orso del Pradel », l’ours massif mais paisible installé à Molveno, symbolise la force tranquille de la nature.
  • « Cervo del Fertazza », ce cerf élégant et fragile installé à Selva di Cadore, rappelle la dignité du vivant, même blessé.
  • « Aquila de Vaia », l’aigle alpin majestueux, libre et puissant localisé à Marcesina, reconnu comme la plus grande sculpture d’aigle en bois.
  • « Grifone di Vaia » à Tesino, créature mythologique se veut le trait d’union de deux régions en fusionnant leurs symboles. L’aigle du Trentin et le lion ailé de Venise.
  • « Cavallo di Strembo », représentant le cheval haflinger, symbole de l’agriculture du Val Rendena.
  • Et puis, bien sûr, « Drago Vaia Regeneration » le dragon, gardien du lieu, réunit toutes ces forces : la peur, la beauté, la renaissance.

Ces sculptures en bois sont dispersées sur les « Sentieri dell’Arte », les sentiers de l’art, accessibles à pied. Ce n’est pas un musée : c’est une marche à travers des âmes de bois.

Les habitants et les visiteurs peuvent les toucher, les voir vieillir, se fendre, se déliter… car ces œuvres sont vivantes dans leur fragilité.

L’art comme guérison collective

Quand la tempête Vaia a frappé en 2018, elle a abattu des millions d’arbres, laissant des montagnes à nues. Les sculptures sont nées comme un acte de réparation, presque un rituel. Redonner forme à la forêt, non pas pour oublier sa blessure, mais pour la transformer en force partagée.

Les habitants ont participé à ces projets, parfois en transportant le bois, parfois simplement en venant regarder la création d’une sculpture. Chaque visiteur repart avec un sentiment étrange, un mélange de paix, d’humilité et de respect devant cette beauté vouée à disparaître.

La sculpture pour construire

La fin d’une année et le début de la suivante, sont l’occasion de bilans, regarder derrière soi pour mieux aller devant. L’histoire du dragon est un miroir concret de cela. On ne choisit pas toujours ce qui arrive. Tempêtes, erreurs, actes stupides ou inattendus… la vie peut brûler ce que l’on a construit.

Nous pouvons ensuite choisir : réparer, transformer, ou laisser mourir. Le dragon qui renaît nous rappelle que c’est dans la reconstruction, même plus difficile, que l’on trouve parfois le plus de sens. C’est une leçon d’avenir : prendre ce qui reste, et en faire quelque chose de plus fort que ce qui était avant.

Le geste juste

Dans un monde obsédé par la permanence, Martalar et sa sculpture de bois rappellent qu’il existe une autre forme d’éternité : celle du geste juste.

Créer, même si ça ne dure pas.

Réparer, même si tout finira par s’effondrer.

Aimer, même si la fin est inscrite dès le début.

Parce qu’au fond, ce qui compte, ce n’est pas que ça tienne, c’est que ça ait eu lieu.

Découvrez toutes les œuvres de l’artiste sur son site internet et son compte Instagram martalar_scultore.

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Cette publication a un commentaire

  1. béa

    Magnifique sculpture et article, j’ai encore des étoiles dans les yeux .
    Tes explications sur la sculpture et son artiste rendent vivants celle-ci et l’art choisi.
    Belle découverte et cela me donne envie de faire ce circuit qui doit être de toute beauté en Italie

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