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Un artiste, une anecdote sur Michelangelo Pistoletto, l’artiste qui n’est plus seul dans son œuvre.
Michelangelo Pistoletto naît le 23 juin 1933 à Biella, une petite ville du Piémont près de Turin. Dans sa famille l’art fait partie du quotidien, en effet son père était peintre restaurateur de tableaux. Dès l’âge de quatorze ans le jeune Michelangelo rejoint l’atelier paternel où il travaille jusqu’en 1958. Sa formation se fait donc d’abord « sur le tas », au contact direct de la matière et de la restauration. En parallèle, il fréquente l’école Armando Testa, une école turinoise de conception publicitaire. Cela lui donne une double culture : celle de l’artisan restaurateur et celle du graphisme moderne.
Les « Quadri specchianti »
Au début des années 1960, Michelangelo Pistoletto pose ses autoportraits peints sur des fonds de plus en plus dépouillés. En 1962, l’artiste remplace la toile par de l’acier inoxydable poli comme un miroir, sur lequel il applique des figures peintes ou, plus tard, des images photographiques sérigraphiées grandeur nature. Ainsi naissent les « Quadri specchianti », les tableaux-miroirs.
Michelangelo Pistoletto veut par sa démarche d’artiste faire entrer le réel dans l’œuvre. L’idée centrale n’est pas de représenter le monde, mais de le capter en direct. En partant d’une surface « zéro », vidée de toute couleur. Il a vu toutes les images pouvoir en sortir. Ce n’est plus un simple portrait, mais l’autoportrait du monde entier qui s’y reflète.
Le miroir ne se reflète pas lui-même
Il théorise cette démarche sous le nom de « Divisione e moltiplicazione dello specchio » (division et multiplication du miroir). Pistoletto résumait sa démarche par une formule marquante : en abandonnant l’autoportrait solitaire pour intégrer l’image des autres dans son travail, il expliquait ne plus être seul dans l’œuvre. L’artiste voyait là la découverte de sa propre identité, qu’il définissait précisément comme étant « l’autre ».
Les « Oggetti in Meno » et l’Arte Povera
Mais c’est à partir de 1965 que sa pratique bascule vraiment vers la sculpture avec les « Oggetti in meno », les objets en moins.
Le virage est radical. Dans son atelier de Turin, Pistoletto fabrique et expose une trentaine d’objets disparates, sans aucun lien stylistique entre eux. L’artiste refuse volontairement l’idée d’un style reconnaissable et vendable. Carton, métal, bois, ciment, papier,…chaque pièce est faite dans une matière et une logique différentes. Le public croit d’abord assister à une exposition collective en découvrant « Rosa bruciata » réalisée en carton, « Quadro da pranzo » en bois, « Struttura per parlare in piedi » en métal, ou encore « Metrocubo d’infinito » réalisé en miroirs.
Être plutôt que paraître
Le cœur de la démarche : créer des objets qui sont, plutôt que des images qui représentent. Des présences brutes, faites de matériaux pauvres et quotidiens, sans intention de séduire le marché de l’art. Cela vaut d’ailleurs à Pistoletto un accueil froid des critiques et des galeristes à l’époque.
Un an plus tard, Pistoletto théorise l’Arte Povera. Les « Oggetti in Meno » sont aujourd’hui considérés comme l’étape fondatrice du mouvement.
La « Sfera di giornali », l’art reprend la rue
L’artiste réalise en 1966 la « Sfera di giornali » une boule de 1 mètre de diamètre composée de journaux trempés puis pressés. L’œuvre fait partie des « Oggetti in Meno ». Pistoletto la sort en 1967de son atelier et la fait rouler dans les rues de Turin avec des amis, des galeristes et des passants qui se joignent spontanément. Cette action sera baptisée « Scultura da passeggio », sculpture de promenade.
Pistoletto fait sortir l’œuvre du cube blanc de la galerie et la remet en circulation dans l’espace public. Il pose là une métaphore de l’actualité elle-même qui roule et se transforme au contact de la rue. L’art devient un événement collectif plutôt qu’un objet figé. Le geste sera rejoué ensuite à la Tate Modern de Londres en 2009, à Philadelphie en 2010 et au Louvre 2013.
La « Venere degli Stracci »
C’est en 1967 que Pistoletto crée son œuvre en volume la plus célèbre, la « Venere degli Stracci », la Vénus aux haillons. L’artiste réalise une copie en béton de la « Vénus à la pomme » du sculpteur danois Thorvaldsen. L’œuvre est recouverte de mica pour une surface brillante, et placée dos au public face à un immense tas de chiffons colorés. La déesse antique, symbole de beauté éternelle, tourne le dos au spectateur pour contempler ce monticule de rebuts. La société de consommation dans toute sa matérialité.
Ce contraste entre le noble et le rebut en fait une pièce emblématique de l’Arte Povera, mouvement que Pistoletto rejoint officiellement cette année-là. L’œuvre connaîtra plusieurs versions au fil des décennies, jusqu’à une réplique monumentale de dix mètres installée à Naples en 2023. Cette dernière sera détruite par un incendie criminel deux semaines après son inauguration.
À partir des années 70, l’artiste Michelangelo Pistoletto explore d’autres directions. Il fonde la compagnie de théatre du Zoo, menant des actions collectives mêlant art et vie quotidienne par des performances de rue, dans les écoles, théâtres. Il publie « L’Homme noir, le côté insupportable », un livre sur son expérience dans cette compagnie. En 1974, l’artiste se retire presque entièrement de la scène artistique. Il passe un diplôme de moniteur de ski et s’installe dans les montagnes de San Sicario.
La fin des années 70 voit sont retour à la sculpture en volume. Cette fois l’artiste travaille avec des têtes et des torses en polyuréthane et marbre, inspirés de l’histoire de l’art classique. Puis 1996 verra apparaître la fondation Cittadellarte, installée à Biella sur un ancien site industriel textile transformé en laboratoire d’art et de créativité.
Le « Terzo Paradiso », un symbole de recréation
Le « Terzo Paradiso » est un symbole créé par Pistoletto. L’artiste redessine le signe de l’infini auquel il ajoute un troisième cercle central. Les deux premiers cercles représentent le Paradis naturel et le Paradis artificiel (technologie). Le troisième symbolise leur fusion, un nouvel équilibre entre nature et artifice.
Porté par sa fondation Cittadellarte à Biella, il est présenté pour la première fois à la Biennale de Venise en 2005. Il s’agit plus d’un projet participatif que d’une œuvre unique. L’artiste et sa fondation espèrent ainsi faire avancer le monde permettant la collaboration de différentes organisations en développant par exemple la réflexion sur le symbole autour de thèmes comme le recyclage ou le développement durable, la mode et le textile, l’architecture.
Michelangelo Pistoletto est salué par la critique comme un artiste engagé, à la fois plasticien, théoricien et philosophe, qui n’a cessé de remettre en question le statut de l’œuvre d’art. On le décrit comme un humaniste convaincu que l’art peut transformer la société et raviver une créativité que la plupart des gens ignorent posséder. Sa reconnaissance internationale s’est traduite par plusieurs distinctions majeures, dont le Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière à la Biennale de Venise en 2003. Il reste aujourd’hui une figure respectée, toujours active malgré son âge avancé.
Au revoir et à bientôt pour une nouvelle anecdote.