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Regina José Galindo : le corps sculpture qui dénonce

Une artiste, une anecdote sur Regina José Galindo, artiste guatémaltèque dont le corps est une sculpture vivante de la dénonciation.

Née le 27 août 1974 à Guatemala City, Regina José Galindo est une artiste performeuse, écrivaine et poétesse guatémaltèque. Elle vit et travaille au Guatemala, où elle est aujourd’hui considérée comme l’une des figures majeures de l’art performance en Amérique latine.

Une enfance dans le silence

Elle grandit au sein d’une famille de classe moyenne, à une époque où le Guatemala traverse une guerre civile qui durera 36 ans de 1960 à 1996. Pourtant, dans son foyer, ce conflit et ses violences ne sont jamais évoqués. Ce silence familial contraste radicalement avec ce que son œuvre viendra plus tard exposer au grand jour.

Contrairement à beaucoup d’artistes, Galindo ne suit aucun cursus artistique classique. Sa seule formation est une école de secrétariat. C’est par l’écriture qu’elle entre d’abord dans l’art. Elle publie en 1996 son premier recueil de poèmes, « Personal e intransmisible », récompensé deux ans plus tard par le « Premio Único de Poesía » de la Fondation Myrna Mack. Cette écriture intime et déjà profondément politique deviendra le socle de tout son travail futur.

Le corps comme instrument de dénonciation

Sans formation académique, Galindo invente alors sa propre pratique. Son corps devient l’unique matériau et l’unique outil de son art. À travers des performances souvent radicales et douloureuses, elle confronte le spectateur aux violences sociales, aux discriminations de genre et de race, et aux violations des droits humains héritées de la guerre civile. Sa démarche vise un objectif clair : sortir la société guatémaltèque de la passivité née de décennies de violence normalisée.

Des œuvres qui luttent

En 2000 l’actualité à Guatemala City fait état de 213 femmes assassinées. En réaction Regina José Galindo se présente alors nue et recroquevillée en position fœtale dans l’œuvre « No perdemos nada con nacer ». L’artiste se glisse dans un sac plastique jeté à la décharge municipale de la ville.

Galindo réalise sa performance la plus célèbre en 2003 avec « ¿Quién puede borrar las huellas? ». Marchant pieds nus dans les rues de la capitale, elle trempe régulièrement ses pieds dans une bassine de sang humain. Elle dénonce ainsi la candidature de l’ancien dictateur Efraín Ríos Montt à la présidentielle. Voici ici une vidéo montrant Galindo en action.

Dans « 279 Golpes » en 2005 l’artiste s’enferme dans un cubicule, un bureau à cloison. Elle s’inflige alors un coup pour chacune des femmes assassinées au Guatemala entre le 1er et le 9 janvier de cette même année. Les spectateurs ne peuvent la voir, uniquement l’entendre se fouetter.

En 2010 « Caparazón » la présente nue, recroquevillée sous un dôme transparent scellé. Elle reste immobile pendant que des hommes frappent la paroi avec des bâtons jusqu’à les briser.

Le musée universitaire d’art contemporain de Mexico lui commande une œuvre en 2010. Ce sera « Móvil », cette performance aborde le trafic de drogue entre le nord et le sud du continent. L’artiste est enfermée dans un cercueil en métal posé sur un chariot. Les spectateurs peuvent ainsi la déplacer à leur guise dans la pièce.

Invitée à la « Documenta 14 », Galindo présente trois œuvres à Athènes et à Kassel. Dans « El Objetivo », elle reste une heure enfermée dans une pièce où quatre fusils d’assaut G36 la visent. Les spectateurs ne peuvent la voir qu’à travers les viseurs des armes. Dans la vidéo « La Sombra », l’artiste court jusqu’à l’épuisement, poursuivie par un char Leopard. Elle y rappelle que l’Allemagne exporte donc des armes, et que le Guatemala en est un bon client. « Presencia » est un projet qui s’étire dans le temps. Pendant 13 jours, l’artiste, immobile, porte les robes de 13 femmes assassinées dans son pays natal pendant 2 heures chaque jour.

L’artiste Regina José Galindo reçoit le Robert Rauschenberg Award en 2021.

Parmis ses œuvres les plus récentes, citons « Sirena » en 2023, abordant les violences policières aux États-Unis d’Amérique. Une voiture de patrouille sirène allumée est entièrement démontée pièce par pièce par une équipe de 25 mécaniciens. Au cours de la performance on entend alors la sirène s’éteindre. En 2025 avec « Primavera Democratica », l’artiste dénonce les violences basées sur le genre mais également le « printemps démocratique » guatémaltèque. Une idée qui n’a jamais éclos.

Terminons cette liste avec « El Conquistador » performance réalisée en 2026. Galindo gît dans une boîte ouverte sur le côté, exposée. Sur le dessus un danseur de flamenco exécute une danse pendant 30 minutes. Une œuvre effectivement là encore forte, rappelant, la conquête espagnole, l’exploitation humaine, et la mort. 500 ans d’une histoire violente dont les traces subsistent dans le corps lui-même.

La consécration internationale

En 2005, Regina José Galindo reçoit le Lion d’Or du meilleur jeune artiste (moins de 35 ans) à la 51e Biennale de Venise, pour sa vidéo « Himenoplastia » réalisée en 2004. Dans cette vidéo elle subit une opération chirurgicale de reconstruction de l’hymen. « Himenoplastia » interroge en effet le contrôle exercé sur le corps féminin dans une société très conservatrice.

Cette reconnaissance la fait connaître sur la scène internationale. En 2011, elle obtient également le Prix du Prince Claus, ainsi que le Grand Prix de la 29e Biennale des arts graphiques de Ljubljana pour « Confesión » (2007). Dans cette œuvre, l’artiste fait pratiquer sur elle par un bénévole le « waterboarding », une technique de torture par simulation de noyade.

Un engagement total

Ce qui frappe chez Regina José Galindo, c’est la cohérence entre son parcours et son action. Elle n’avait ni légitimité académique ni protection institutionnelle. L’artiste a pourtant transformé cette absence de cadre en une liberté totale. Son corps, seul outil à sa disposition, devient en effet le lieu où se rejoue ce que la société refuse de regarder.

Sa démarche ne cherche ni l’esthétique ni la provocation gratuite. Elle accepte de payer dans sa chair le prix de sa dénonciation, ce qui lui donne alors une crédibilité que peu de discours politiques atteignent. Regina José Galindo ne parle donc pas à la place des victimes, l’artiste expose ce qu’elles ont subi en le faisant subir à son propre corps.

Les prix internationaux n’ont rien adouci. Galindo continue de vivre et de travailler au Guatemala, au plus près des violences qu’elle combat. Son art rappelle ainsi qu’une œuvre peut être un acte civique, avec ses risques et sa responsabilité.

Au revoir et à bientôt pour une nouvelle anecdote !

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