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Ron Mueck : l’artiste hyperréaliste qui suspend le temps

Un artiste, une anecdote sur Ron Mueck, l’artiste hyperréaliste qui suspend le temps.

Ron Mueck naît en 1958 à Melbourne, de parents d’origine allemande. Son père sculptait des jouets en bois, tandis que sa mère tenait une entreprise artisanale de fabrication de poupées en chiffon. Grandissant dans cet environnement, Ron passe le plus clair de son temps d’enfant à modeler des personnages. Créatures, marionnettes et costumes, Ron Mueck expérimente différents matériaux et techniques. Son apprentissage est entièrement autodidacte, né du jeu et de l’observation du travail manuel de ses parents. Sa seule formation artistique reste celle reçue pendant ses études secondaires.

De la passion au métier

Cette passion devient naturellement un métier. Ron commence par créer des marionnettes inspirées de celles de « Sesame Street ». Il travaille ensuite comme étalagiste avant de rejoindre en 1979 une émission jeunesse australienne où il anime des marionnettes d’animaux.

En 1996, Ron Mueck a 38 ans et travaille depuis des années comme marionnettiste, technicien d’effets spéciaux, fabricant de mannequins publicitaires. Il est marié à Caroline Willing, fille de la peintre portugaise Paula Rego. Celle-ci lui commande une sculpture de Pinocchio pour accompagner une de ses expositions. Mueck y met tout son savoir faire technique : maîtrise du silicone, de la résine polyester, souci du détail hyperréaliste. L’œuvre attire l’œil de Charles Saatchi qui lui passe commande de plusieurs sculptures pour sa collection personnelle.

Une entrée très remarquée dans le monde l’art

Ron Mueck fait une entrée fracassante dans le monde de l’art en 1997 avec « Dead Dad ». L’artiste présente une représentation hyperréaliste au deux tiers nue et minutieuse de son père récemment décédé. Ce choix d’échelle deviendra une signature de tout son travail. Ron Mueck crée ainsi un effet de distance et d’étrangeté malgré le réalisme saisissant dont l’artiste fait preuve dans les détails.

L’œuvre est présentée à l’exposition « Sensation : Young British Artists from the Saatchi Collection » à la Royal Academy of Arts de Londres en compagnie d’autres artistes comme Damien Hirst et Tracey Emin. « Dead Dad » devient l’une des œuvres les plus commentées de l’exposition, à la fois pour sa maîtrise technique stupéfiante et pour son sujet intime et universel : le deuil d’un père.

La consécration institutionnelle

Ron Mueck confirme sa place sur la scène artistique en 1998 avec un premier solo show à la Anthony d’Offay Gallery de Londres. Mais sa nomination comme Associate Artist à la National Gallery de Londres marque un tournant décisif. Cinquième artiste à bénéficier de ce programme prestigieux, il s’installe dans l’atelier de résidence dès août 1999, pour une période qui s’étendra finalement sur près de trois ans.

« Boy » à la Biennale de Venise

L’artiste crée en 1999 « Boy » qui connaîtra un parcours spectaculaire. Elle devient en effet l’une des œuvres phares lors de la 49ème Biennale de Venise en 2001. Cet enfant de 5 mètres de haut, accroupi, les bras repliés sur la tête impressionne durablement critiques et public. L’œuvre rejoindra plus tard la collection permanente du musée ARoS au Danemark.

L’aboutissement : « Making Sculpture »

Sa résidence à la National Gallery abouti à l’exposition « Ron Mueck : Making Sculpture » en 2003. Elle réunit quatre sculptures autour du thème de la naissance en jouant sur les écarts d’échelle. En effet on passe du « Swaddled Baby », un nouveau-né emmailloté à taille réelle, à l’imposante « Pregnant Woman » et ses 2,50 mètres, en passant par « Mother and Child » réalisée en 2001.

Ron Mueck et la Fondation Cartier

Fidèle à sa méthode, l’artiste conçoit chaque exposition pour le lieu qui l’accueille. En 2005, la fondation Cartier à Paris l’accueille pour sa première exposition en France. Il réalise alors cinq sculptures. « Wild Man », un géant nu de près de trois mètres, hirsute et à l’allure sauvage, est cramponné à son tabouret. « Spooning Couple », un homme et une femme nus en format réduit sont allongés l’un contre l’autre. « Mask III », le visage immense et calme d’une femme noire. Dans« Two Women », deux vieilles dames semblent scruter au loin un événement mystérieux. Et enfin une femme gigantesque (plus de 6 mètres de long) s’éveille doucement dans son lit avec « In Bed ».

Ces sculptures, monumentales ou au contraire étrangement petites, plongent le visiteur dans un univers oscillant entre familiarité troublante et singulière. Les personnages, absorbés dans leurs pensées, semblent à la fois vivants et suspendus.

Une tournée internationale

L’exposition voyage ensuite à la Scottish National Gallery of Modern Art d’Édimbourg, puis au Brooklyn Museum de New York, et enfin au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa. Neuf ans seulement après ses débuts artistiques, Ron Mueck confirme la portée internationale de son travail de sculpteur.

Le début d’une relation privilégiée

Ce premier rendez-vous est un tel succès qu’il inaugure un dialogue durable entre l’artiste et l’institution parisienne. La Fondation Cartier lui consacrera deux autres expositions personnelles en 2013 puis en 2023.

En 2013, pour sa deuxième exposition personnelle à la Fondation Cartier Ron Mueck propose de nouvelles sculptures. Parmi celles-ci « Woman with Shopping » et « Young Couple ». L’exposition permet de voir l’évolution de la pratique de l’artiste sur près de deux décennies.

Gautier Deblonde, réalise à cette occasion « Still Life: Ron Mueck at Work » un documentaire sur le processus de création de l’artiste dans son atelier londonien. Un témoignage rare sur cet artiste réputé discret et peu médiatique.

« Mass » : un changement d’échelle et de méthode

En 2017, la National Gallery of Victoria de Melbourne lui commande une œuvre pour sa Triennale, un événement destiné à présenter des créations contemporaines d’envergure. L’artiste y répond avec « Mass », un projet qui marque une véritable rupture dans sa pratique.

Il passe de l’extraordinaire minutie de ses figures humaines à une installation monumentale faite de cent crânes humains géants, empilés et amoncelés les uns sur les autres. C’est, à ce jour, la plus grande œuvre jamais réalisée par l’artiste. Ce tournant témoigne de son ouverture à de nouvelles façons de sculpter, où l’accumulation s’ajoute à l’exactitude anatomique.

Une œuvre modulable

Particularité rare dans son travail l’œuvre n’est pas figée. L’installation est pensée pour être reconfigurée par l’artiste en fonction de l’espace qui l’accueille à chaque nouvelle présentation. Chaque exposition devient donc une nouvelle version de l’œuvre.

Sens et résonance

« Mass » évoque la mort et la fragilité humaine, thème cher à Mueck depuis « Dead Dad ». Mais le traitement ici à l’échelle collective plutôt qu’individuelle donne une vision universelle de la mortalité, loin de l’intimité de ses œuvres précédentes.

Restée plusieurs années visible seulement en Australie, l’œuvre est présentée pour la première fois à l’étranger à la Fondation Cartier en 2023. Installée juste à côté de « A Girl », la confrontation entre naissance et mort est saisissante.

En 1998, Ron Mueck parle de son travail d’artiste hyperréaliste en ces termes :

« Bien que je passe beaucoup de temps sur la surface, c’est la vie intérieure que je veux capturer. »

Au revoir et à bientôt pour une nouvelle anecdote !

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